PROFESSION EN DANGER

POURQUOI SE MOBILISER ?

 

Depuis plus d'un an, la spécificité de la fonction de psychologue continue d'être attaquée par l'adoption de plusieurs mesures qui se multiplient mais avec toujours la même finalité :

 

# Arrêté du 2 mars 2022 #

fixant la convention type entre l'Assurance maladie et les professionnels s'engageant dans le cadre du dispositif de prise en charge de séances d'accompagnement par un psychologue

# Décret du 17 février 2022 #

relatif à la prise en charge des séances d'accompagnement réalisées par un psychologue

# Arrêté du 10 mars 2021 #

relatif à la définition de l’expertise spécifique des psychologues    

# Rapport de l'Académie Nationale de Médecine du 18 Janvier 2022 #

Psychothérapies : Une nécessaire organisations de l'offre

# Rapport IGAS Psychologues de Octobre 2019 #

Prise en charge cordonnée des troubles psychiques : état des lieux et conditions d’évolution

Toutes ces mesures sont adoptées sans que le gouvernement considère le refus des psychologues qu'ils ne cessent d'adresser par l'intermédiaire des différents syndicats ou associations, regroupements de la profession.  

 


Le Réseau des Psychologues RP63,

qui regroupe les psychologues travaillant en institutions,  maintient sa position c'est-à-dire :

     > s'oppose à la paramédicalisation de la profession, 

     > défend la responsabilité du psychologue de ses actes par conséquent il est le seul à définir les thérapies qu'il utilise, 

      > défend la qualité des suivis et les conditions de travail des psychologues en institution,

      > rappelles que le titre de  psychologue est issu des sciences humaines ce qui ne peut en faire une profession médicale ou paramédicale. 

 

Aussi, le Réseau des Psychologues RP63 s'associe aux différentes mobilisations qui défendent les spécificités de la  profession car les mesures adoptées par le gouvernement ont des effets pour les psychologues des institutions comme nous avons pu le confirmer lors de la matinée d'échange proposée par l'association sous le titre :

"Malaise dans la Profession. Une profession en mal de dire".

Il est donc nécessaire d'exprimer un refus pour faire barrage à ces mesures, de faire lien avec les regroupements de défense de la profession pour porter ce refus jusqu'aux décideurs.

Les enjeux pour la profession sont tels que ne pas se positionner c'est permettre le pire.

COMMENT SE MOBILISER ?

Nous vous rappelons les actions en cours pour vous permettre de vous y associer et vous joignons une affiche pour faire savoir, dans vos institutions, auprès de vos patients, votre opposition et pouvoir faire connaître les mesures et leurs conséquences :

 

        - l'appel à manifester le 10 juin, date anniversaire tristement symbolique puisqu'il s'agit de la date de la première mobilisation pour notre profession.

Une nouvelle fois, s'agira d'un mouvement national. 

      - la lettre ouverte ci-dessous destinée aux médias.

Pour la signer vous pouvez  soit :

                    1/ Ecrire à ari_71@yahoo.fr (avec nom, prénom et titres)  ;

                   2/ Aller sur le groupe Facebook du Manifeste.

 

     -  La lettre aux candidats :

       "Nous ne serons jamais des vendeurs de soins psychiques " et que vous pouvez soutenir en signant avec le lien suivant : 

https://www.change.org/p/pour-l-avenir-du-soin-psychique-signez-la-lettre-aux-candidats-à-la-présidentielle/signatures/confirm?token=c98d457f-cca3-4615-918a-0b9b866834e0

   Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron et Olivier Véran se félicitent d’une réforme concernant le remboursement de séances de psychothérapie qu’ils présentent avec emphase comme une avancée historique pour les personnes en situation de détresse psychique.

Que l’on ne s’y trompe pas. Beaucoup de psychologues sont favorables à un dispositif de remboursement des séances au nom d’une égalité d’accès aux soins psychiques. Et puis, ne boudons pas notre plaisir : notre métier est enfin reconnu d’utilité publique – loin des clichés qu’il charrie encore et d’une réputation parfois sulfureuse à mi-chemin entre coaching mental et pratiques chamaniques. Pour autant, MonPsySanté, le dispositif destiné à être mis en place, est inacceptable et dangereux pour nous comme pour nos futurs patients.

 

   L’ensemble de la profession n’a cessé de le dire, mais nos demandes et propositions sont restées lettre morte. Si bien que nous, psychologues libéraux, sommes aujourd’hui déterminés à boycotter ce dispositif dont nous étions pourtant nombreux à louer les motifs initiaux.

   A titre liminaire, nous rappellerons au Président de la République et à son ministre de la Santé que le libre accès au soin psychique prodigué par des psychologues existe dans son principe noble, inconditionnel et gratuit, depuis une cinquantaine d'années au sein de structures hospitalières et médico-sociales publiques. Or, ces établissements ne sont plus en capacité d’effectuer leur mission (les listes d’attente pour la prise en charge de nouveaux patients varient de plusieurs mois à plusieurs années) parce que les gouvernements successifs les ont laissé progressivement dépérir en diminuant leurs moyens et en transformant leur esprit. Jamais en France le service public de la santé psychique n’a été à ce point malmené et déconsidéré : fermeture de services de psychiatrie dans la fonction publique hospitalière, maltraitance de psychologues structurellement sous-payés, usés et démissionnaires du fait de procédures kafkaïennes les soumettant à des contraintes incessantes et dénuées de sens. Dans ce contexte désolant, le dispositif promu par l’Exécutif à destination du secteur libéral a tout de la poudre aux yeux jetée à des fins purement électoralistes.

    Qu’on en juge plutôt. En premier lieu, les séances ne seront remboursées que sur prescription préalable d’un médecin généraliste. Dans notre pratique quotidienne, une orientation du médecin est parfaitement compatible avec notre exercice. De fait, les médecins, non formés à la prise en charge de la souffrance psychique dans son versant psychothérapique, nous adressent régulièrement des patients pour avis et accompagnement dans ce qui est une collaboration confraternelle nécessaire et féconde. Mais la prescription est une affaire différente : elle dit ce qui est bon pour un patient et commande une exécution par un autre professionnel de santé. A ce titre, elle est antagoniste à toute démarche de soin psychique qui s’inscrit dans un moment – le bon moment pour un patient – et dans une rencontre : la bonne rencontre entre le patient et son thérapeute. La santé mentale n’est pas qu’une affaire de médecine et de chimie, elle est aussi une affaire d’humanité, et les sciences humaines ont toute leur place dans la prise en charge de la souffrance psychique, à côté de la science médicale et sans nul besoin de lui être inféodée. La préservation de l’accès libre et direct aux psychologues doit être clairement garantie.

    Le deuxième danger de ce dispositif réside dans le fait qu’il ne propose le remboursement que de huit séances par an maximum. Huit, pas une de plus ! Cela montre une méconnaissance stupéfiante de notre profession et de ce qu’est une thérapie. Certaines thérapies courtes sont tout à fait fructueuses, et c’est de toute façon les patients qui décident in fine du nombre de séances dont ils auront besoin. Mais pour que tout ce qui est douloureux et complexe puisse se dire, pour que l’élaboration de ce qui entrave puisse advenir, nos patients ont souvent besoin de plus de huit séances. Si le nombre de séances annuelles remboursées est limité à huit, comment allons-nous clore de manière imposée ce qui a commencé à s’ébaucher ? « Vous vous êtes livrés tout l’été ? Eh bien ! payez maintenant ! » Ou bien : « Revenez l’an prochain même si vos souffrances sont toujours aigües ». Comment maintenir un lien de confiance avec nos patients qui devront alors payer de leur poche (s’ils en ont les moyens) pour continuer leur thérapie ? Cette rupture dans la continuité des soins est impossible à valider sur les plans éthique et thérapeutique, et nous demandons la non-limitation du nombre de séances remboursées.

    Troisième problème enfin, le montant des huit séances remboursées a été fixé à 30 euros, sans dépassement possible. Cette décision est lourde de conséquences parce qu’elle condamne l’ensemble de la profession à une paupérisation sans précédent. En temps ordinaire, le tarif d’une séance de thérapie est de 60 euros en moyenne. Ce n’est pas un montant anodin, mais c’est ce qui nous permet de recevoir sept ou huit patients par jour tout en payant nos charges, le loyer de notre cabinet, nos formations et nos supervisions. Par ailleurs, dans notre pratique quotidienne, nous adaptons déjà nos tarifs aux moyens de nos patients : 30 euros la séance, et même parfois moins. Si nous pouvons le faire, c’est précisément parce que d’autres patients ont les moyens de payer plus. On pourrait nous rétorquer que l’afflux de patients, lié au dispositif de remboursement, permettrait de compenser la perte sèche subie par les psychologues. A ceci près qu’il est rigoureusement impossible de faire ce métier correctement si nous recevons les patients à la chaîne. Nous refusons de recevoir quinze à vingt patients par jour, entre 20 et 30 minutes maximum, au risque de nous abîmer dans ce rythme et d’abîmer nos patients avec. La survie de la profession et d’un soin psychique dans le respect d'une éthique professionnelle et d’une qualité d’écoute est menacée si des psychologues ubérisés acceptent ce dispositif contraint du début à la fin.

   La Cour des Comptes, dans son rapport de février 2021, semble percevoir le caractère ubuesque de la situation lorsqu’elle énonce que « la contrainte dans les soins mine l’alliance thérapeutique, reconnue comme précieuse dans le traitement ». L’autre ironie amère de la situation est que l’on nous dit tous les jours, en cette période de pandémie, à quel point notre travail est précieux et, pourtant, jamais nous n’avons eu le sentiment d’être autant méprisés. Victimes de la reconnaissance de notre métier, il nous faudrait désormais l’exercer au rabais. Aussi, notre colère n’est en rien la traduction d’un quelconque réflexe corporatiste. Et par-delà ces questions brûlantes soulevées par notre profession, nous sommes aussi solidaires de tous les professionnels exerçant un métier au cœur de l’humain : soignants, enseignants, magistrats, etc. Comme nous, ils sont touchés mais luttent sans relâche pour préserver l’éthique et l’humanité qui fondent leurs pratiques. S'il y a destruction de nos métiers et perte de sens de nos missions, il se produira un désastre pour celles et ceux qui font appel à nous. Nous sommes et resterons des professionnels responsables de notre éthique et autonomes dans nos méthodes et pratiques. Nous ne sommes ni des robots ni des clones, et nous ne gérons ni des flux ni des stocks. Nous sommes des psychologues et nous ne serons jamais des vendeurs de soins psychiques. Là où l’Exécutif s’érige aujourd’hui en gestionnaire tatillon de l’intime, nous continuerons de prendre en charge la souffrance psychique d’êtres humains dont les problématiques, parce qu’elles sont diverses, complexes et singulières, ne seront jamais réductibles à un protocole contraint et standardisé.

Ari Szwebel"